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Rencontre avec Grégory Laignel


Grégory Laignel

En 2011, Grégory Laignel a publié aux Éditions Charles Corlet le premier tome de sa trilogie La Société des Derlines. Deux autres volumes ont suivis en 2012 et 2013 dans cette série qui a connu un grand succès. Cette année il change de cap (quoique) en publiant un livre d'histoire sur la bataille de Chambois, Pris au piège dans la poche de Chambois : les civils témoignent. Ce livre connaît un bon démarrage, et nous voulions savoir comment il est passé de l'écriture de romans historiques à l'histoire avec un « H » majuscule.

Vous êtes professeur de collège, marié avec enfants et, néanmoins, vous avez trouvé le temps d'écrire  4 livres en 3 ansComment gérez-vous votre temps ?
J'essaye de m'organiser au maximum. Pour la Société des Derlines, je ne pouvais écrire que durant les vacances scolaires. J'avais besoin de « m'immerger » dans mon roman, de me couper des copies ou des préparations de cours. Pour ce faire, je préparais tous mes cours en avance pour être libre durant les vacances. J'essaye également que mon temps d'écriture n'empiète pas sur le temps familial. Dans la journée, lors des vacances, j'écrivais durant les siestes de ma petite fille. Le soir, j'attendais que ma femme s'endorme pour me relever et pour aller écrire.Pour Chambois, ce fut un peu différent, il y avait moins la nécessité de me couper du monde. Les témoignages que je recueillais me plongeaient rapidement dans « l'ambiance » du livre. J'écrivais donc aussi en période scolaire, lors de mes demi-journées de libre. Pendant les vacances, lors de mes recherches, je laissai ma fille chez ma grand-mère qui habite Chambois pour voir des témoins ou visiter les lieux. Tout est une question d'organisation...Les livres que vous avez publiés aux Éditions Charles Corlet sont historiques. 

Est-ce que c'est votre genre préféré ? Avez-vous un auteur préféré ?
En effet, les livres historiques font partie de ceux que je préfère. J'aime pouvoir me plonger dans une époque, dans une période. C'est pourquoi j'aime le style réaliste ou naturaliste du XIXe siècle. Et mon auteur préféré est sans doute Maupassant. J'admire sa concision, en quelques pages dans ses nouvelles, il sait décrire le monde paysan ou bourgeois tout en mettant en scène une histoire. J'aimerai écrire aussi des nouvelles mais je n'arrive pas pour l'instant à être aussi concis.

Qu'est-ce qui vous a incité à écrire La Société des Derlines ?
Une envie subite. En 2003, j'avais eu le souhait de faire de nouveau de la recherche et de me lancer dans un DEA d'histoire. J'avais passé mon mois d'août aux archives du Calvados pour prospecter des sources judiciaires. Lorsque j'ai voulu recontacter mon maître de maîtrise, monsieur Vallez, pour qu'il me dirige dans cette nouvelle aventure, j'ai appris qu'il venait de partir en retraite. Et d'un coup, je me suis dit : « Et si j'écrivais un roman à la place ? » 
Les multiples procès étudiés allaient me servir de terreau pour faire naître ce projet : celui de cette bande d'escrocs nommée la Société des Derlines, bien sûr, mais aussi tous les autres qui me procuraient la matière pour connaître les costumes, la nourriture, les injures, les expressions, les métiers, bref le quotidien du bocager du milieu du XVIIIe siècle. J'ai poursuivi mes recherches, écrit un scénario et je me suis lancé. Un de mes amis qui avait fait ses études d'histoire avec moi, Éric Jardin, s'était lancé avant moi dans l'écriture chez l'éditeur Isoète et m'encourageait à faire de même.

On peut dire que La Société des Derlines, la trilogie qui vous a fait connaître, était un succès de librairie dans le domaine des romans historiques régionaux. Alors que le deuxième tome venait juste de sortir, on nous téléphonait pour savoir quand le troisième tome allait paraître. Qu'est-ce qui vous a poussé a raconter ces événements à travers un roman plutôt qu'un livre d'histoire « classique » ?
Même si l'histoire réelle des escrocs de la Société des Derlines était d'emblée une histoire avec des rebondissements, une intrigue, je voulais dépasser ce cadre. De toute façon, les minutes du procès étaient incomplètes. Il me manquait par exemple le dénouement de leur histoire. Je perds la trace de mes escrocs au moment de leur arrestation. Que leur arrivent-ils ensuite ? À quelle peine sont-ils condamnés ? Aucune source ne venait m'apporter de réponse à ces questions. Il a donc fallu l'inventer.
Et puis, j'avais envie de raconter, d'inventer des personnages à partir des noms cités dans le procès, de leur insuffler la vie, un caractère, des défauts, des qualités. J'avais envie de jouer avec les mots dans les dialogues, y mettre de l'humour, des mots d'esprit...

Alors que l'action de la trilogie de La Société des Derlines est bien ancrée dans une région précise de la  Normandie, nous en avons vendu un peu partout en France. Que pensez-vous de l'étiquette « roman régional » ?
Merci de m'apprendre que mon roman s'était vendu un peu partout en France. Je n'étais pas au courant… Je préfère à « roman régional » l'étiquette de « roman historique » ou de « roman social  ».
Mon livre a certes un cadre régional, un décor bien ancré dans le terroir du bocage, avec des noms de famille, avec des mots du patois local mais je pense que la manière dont j'ai construit mon roman, la manière dont je l'ai écrit, ne le rend pas compréhensible seulement par des Normands. De nombreux lecteurs m'ont souvent dit qu'en me lisant, ils avaient parfois l'impression d'être « sur place », dans l'auberge décrite, dans les champs ou au milieu de l'incendie du premier chapitre,etc bref d'être immergé dans le bocage du XVIIIe siècle. Je pense qu'un Alsacien, un Breton ou un Vendéen aurait la même impression.Et puis la misère du monde paysan, les failles de la justice royale, les injustices de l'Ancien Régime ne se limitaient pas qu'à la Normandie au XVIIIe siècle mais à tout le royaume.

Votre dernier ouvrage, Pris au piège dans la poche de Chambois : les civils témoignent, est un livre d'histoire qui raconte une bataille terrible de la Deuxième Guerre mondiale. Qu'est-ce qui vous a amené à quitter le domaine romanesque et de changer d'époque ?   Et pourquoi ce sujet en particulier ?  
Enfant, j’ai passé une partie de mes vacances dans l’Orne, à Chambois, chez mes grands-parents, Jacqueline et René Hoyeau. A cette époque, j’ai eu maintes occasions de parcourir la vallée de la Dives dans le sillage de mon grand-père, découvrant des lieux aux noms mystérieux et inquiétants, « le Trou du Diable » ou « le Couloir de la Mort. »  Les éclats tordus, les douilles, les ressorts qu’il me dénichait au gué de Moissy, au bois de la Garenne ou au Douit-Morin aiguisaient certes ma curiosité, sans pour autant me faire réaliser ce qu’il s’était réellement passé sur ces terres près de quarante ans auparavant. Néanmoins j’aimais l’entendre raconter ses histoires sur un temps ancien, plus ou moins lointain à mes yeux.L’enfant que j’étais a grandi, tout comme mon intérêt pour le passé. Et c’est presque naturellement que j’ai suivi des études d’histoire à l’université de Caen. Le hasard a voulu qu’en première année de Deug, en 1996, pour la valeur HI-211 sur la Seconde Guerre mondiale, Jean Quellien ait demandé à tous ses étudiants de réaliser un petit mémoire sur un village ou une ville de Basse-Normandie durant le conflit. Mon sujet ne fut pas long à déterminer. J’avais décidé de redonner vie aux événements qui s’étaient déroulés le long du Couloir de la Mort, je voulais ressusciter les moments qu’avaient connus les habitants réfugiés au Trou du Diable… Mon modeste mémoire allait traiter des « Civils dans la Poche de Chambois. » Mes grands-parents étaient suffisamment connus dans le village pour me servir de « sésame », pour me faire ouvrir les portes de Chamboisiens et de Félois ayant vécu ces événements. Sept témoins eurent la gentillesse de me raconter leur histoire.
En 2012, cinq de ces témoins étaient décédés. J'ai eu envie de récolter le maximum de témoignages afin que ne disparaissent pas dans le néant les mémoires de cet épisode tragique de la Seconde Guerre mondiale. Et c’est ainsi qu’est né ce projet de livre, un projet qui me tenait particulièrement à cœur de retrouver de nombreux témoignages, oraux et écrits, pour faire revivre ce passé. Ce qui m’intéressait, c’était de faire revivre la bataille, non du côté des soldats, mais des civils… J’ai voulu plonger le lecteur dans l’événement, lui faire comprendre, autant qu’il était possible, comment les civils ont subi ce déchaînement de violence, comment ils se sont abrités, protégés, nourris, entraidés au milieu de la fureur des combats. J’ai voulu expliquer comment les habitants ont pu survivre par la suite dans ce champ de désolation, ce charnier à ciel ouvert, comment ils sont parvenus à reconstruire leurs villages au milieu des ruines et des cadavres. Je ne voulais pas faire un roman mais bien un travail d'historien, un travail d'investigation. J'aurai pu inventer un personnage qui aurait vécu cette période mais je risquais de ne montrer qu'une partie de ce qui s'était réellement passé. De plus comme m'avait dit un témoin : « À 500 m près, les gens n'ont pas vécu la même bataille. » Il me semblait impossible de montrer la multiplicité des situations dans un roman. Et puis je doute que les témoins se seraient confiés aussi facilement si cela avait été pour un roman, même historique.De toute façon, je voulais enquêter, chercher des faits. Je retrouvais le plaisir de faire des recherches comme lorsque j'étais étudiant : éplucher les archives, mettre en relation les informations recueillies... Ressentir la joie de faire des « trouvailles » insoupçonnées chez certains témoins ou aux archives… Accepter aussi les déceptions lorsqu'une piste de recherche s'avérait stérile…

Vous faites souvent des dédicaces et participez à de nombreux salons du livres : est-ce que vous appréciez ce contact avec votre public ? Quels sont les salons ou les dédicaces prévus dans les mois à venir ?
J'aime beaucoup rencontrer le public. J'apprécie les salons du livre car on voit beaucoup de monde et on fait parfois de belles rencontres. J'y ai revu certains de mes anciens instituteurs, de mes anciens professeurs, d'anciens voisins, surpris de me voir dans le rôle d'un écrivain.Mais ce que je préfère, ce sont les interventions dans les médiathèques où je peux expliquer mon travail, ma démarche, où je raconte la genèse et l'histoire du livre.J'apprécie également d'avoir un retour sur mes livres, qu'on me dise ce qu'on en a pensé, quels en sont les points forts et les points faibles, avoir une critique constructive du roman. Cela m'est arrivé une seule fois, en 2012, la bibliothèque de Baron sur Odon (Calvados) m'avait invité. Une douzaine de lecteurs était présents pour parler de mon livre et me poser des question, me donner leur ressenti. J'ai d'autant plus apprécié ce moment que ce soir-là, les critiques étaient positives…

Je fais une dédicace : -
  • au salon du livre de Flers le samedi 5 avril 2014.  
  • (peut-être à Chambois le 3 ou 4 mai ????) 
  • à Baron sur Odon le 8 mai
  • au salon du livre de Caen le samedi 17 mai
  • au château de Maltot le dimanche 18 mai 
  • au musée de Tilly sur Seulles le dimanche 8 juin 
  • au salon du livre de Condé-sur-Noireau le samedi 14 juin 
  • au salon du livre de Sainte Mère l'Eglise le dimanche 15 juin
  • à la médiathèque de Feuguerolles Bully le vendredi 20 juin
  • à la librairie La Curieuse à Argentan le samedi 28 juin
  • à la librairie Conquérant à Falaise (début juillet)
  • au salon du livre de Saint-Vaast-La Hougue le dimanche 20 juillet

Enfin, avez-vous de nouveaux projets d'écriture en préparation ?
Sans doute un nouveau roman historique qui se déroule à Caen en 1720. Une histoire aussi tirée d'un procès, celle d'un jeune prêtre libertin plus tourné vers le corps de ses jeunes paroissiennes que vers le corps du Christ... Un penchant qui lui attira quelques ennuis…



Pour découvrir les talents de Grégory laignel, nous vous invitons à lire l'un des ouvrages suivants : 

Pris au piège chamboisSociété Derlines 3Société Derlines 2Société Derlines 1