Recherche

Rencontre avec Bernard Gourbin

Vous avez publié une nouvelle édition, revue et augmentée, d’une Jeunesse occupée. Dans ce livre vous racontez votre vécu pendant l’occupation, votre passage d’enfance à l’adolescence.

En effet, j’ai éprouvé il y a dix ans, au moment du 60e anniversaire du Débarquement, le besoin de décrire cet événement et bien d’autres tout aussi extraordinaires qui ont marqué ma vie de jeune enfant de la guerre et d’adolescent de la libération. Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Sans doute, d’être bien installé dans l’âge de la retraite, d’avoir derrière soi plus de 40 ans d’écriture dans la presse, l’expérience aussi de plusieurs livres.


Cette édition du livre a été notamment enrichie de photos personnelles; arrivez-vous à vous remettre dans les chaussures de l’enfant et de l’adolescent de ces clichés ? Vous rappelez-vous encore de ces moments précis ?

Comment voudriez-vous que l’on puisse oublier la plus grande opération militaire de tous les temps que fut le débarquement en Normandie ? On ne peut pas, non plus, oublier les horreurs d’une guerre ni 4 ans d’occupation nazie. Je m’en souviens avec l’extrême précision de ma prime jeunesse. Ça vous marque un enfant, je vous assure. Cela dit, je puis vous assurer qu’on peut se remettre facilement, à l’âge adulte, dans les chaussures de ses 15 ans.


Ce livre est globalement optimiste, pas du tout misérabiliste. Est-ce que cela veut dire que vous gardez des « bons souvenirs » de cette période de votre vie, malgré la situation dramatique et toutes les difficultés du quotidien ? S’il fallait un « bon » souvenir, ce serait lequel ?

Bien sûr je garde de bons souvenirs de ce temps là. Il ne serait pas possible de vivre tout le temps et si longtemps dans la tristesse et le pessimisme permanent. J’étais jeune alors et je ne m’ennuyais pas, il y avait l’école et les enfants de chœur (la religion était omniprésente à l’époque), j’allais au patronage, je découvrais le cinéma, je faisais du sport, beaucoup de sport. Je n’avais pas peur, j’avais, il est vrai, une bonne dose d’insouciance. Pendant la bataille de Normandie, je comptais les avions dans le ciel, jusqu’à 200 parfois. J’observais les combats aériens et je criais « youpi » chaque fois qu’un avion allemand était touché. Notre seule inquiétude, pour mes parents et moi, était le sort de notre famille vivant au milieu des combats près d’Omaha. Un bon souvenir plus fort que les autres ? C‘est incontestablement celui du premier GI que j’ai vu, pointant son fusil à travers la fenêtre ouverte avant de me faire un sourire : j’ai compris à cet instant qu’ enfin j’étais libéré !


Certains de vos souvenirs ont été inscrits dans vos carnets, que vous avez commencé à remplir le 5 juin 1944 à la veille du D-Day (on voit d’ailleurs la première page sur la couverture du livre). Et puis vous êtes devenu journaliste. Est-ce que ceci représente votre véritable lancée dans ce métier ?

Bien sûr. En réalité, j’ai acheté mon premier carnet le 6 juin au matin pour noter ce que j’avais entendu dans la nuit et ce que j’allais voir dans la journée. Et si j’ai continué les jours suivants c’est parce que j’avais déjà en moi, sans que je m’en rende compte, les gènes du journaliste que j’allais être plus tard.


Vous avez écrit et collaboré sur des livres publiés chez d’autres éditeurs, notamment sur les années 60 dans lesquels on vous voit aux côtés de Johnny et autres stars de l’époque. Y a-t-il un personnage qui vous a marqué en particulier ?

Il n’y a pas eu que cela. J’ai eu beaucoup de chance dans mon métier, les circonstances m’ont beaucoup aidé. Que ce soit la guerre d’Indochine puis du Vietnam en mettant, là encore, la peur de côté ; Mai 68 ou bien la politique française avec les rencontres, campagnes électorales et interviews des présidents Coty, de Gaulle, Pompidou, Mitterrand, Chirac sans compter les seconds couteaux qu’étaient les politiques de ces décennies. Le show-biz enfin pendant 9 ans aux côtés des plus grandes vedettes du moment (on ne disait pas stars à l’époque): de Trenet, Chevalier. Gabin, Brassens, Piaf, Aznavour, Bécaud, Ferrat, Ferré à Barbara, Bardot et Gainsbourg sans oublier Johnny maintes fois interviewé. Mais celui qui m’a le plus marqué est incontestablement Jacques Brel dont j’expliquais régulièrement à mes lecteurs, des années durant, les textes et la musique de ses chansons jusqu’au jour où il me dit : « Demain, je n’ai pas de galas, venez me prendre à 10 h, nous passerons la journée ensemble ». En m’offrant une journée de son existence le grand Jacques m’a fait le plus beau cadeau de ma vie de journaliste.  


Est-ce que votre vision des événements a évolué depuis la première publication de votre livre au moment du 60e anniversaire du Débarquement et aujourd’hui ?

Elle est restée la même. Et je suis très impressionné de l’intérêt que portent les jeunes, en 2014, aux commémorations du D-Day, au concours de la résistance dans les écoles ou aux cérémonies dans les cimetières militaires qui nous entourent. 



Pour savoir plus sur la jeunesse de Bernard Gourbin, nous vous invitons à lire Une jeunesse occupée : de l'Orne au Bessin 1940-1944.