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Rencontre avec Anne Groisard


En fin 2013, Anne Groisard a publié aux Éditions Charles Corlet  Migrantes, un livre qui met la lumière de manière positive sur des femmes de tout horizon et de différents pays qui sont parties de chez elles pour s'installer ailleurs. Cette migration pouvait être volontaire, mais également sous la contrainte. Anne Groisard cherchait à comprendre ces parcours et a voulu partager ce qu'elle a appris en organisant une exposition itinérante dans de nombreuses villes. La première a eu lieu à l'île d'Yeu, en avril et mai 2013 avec la participation des scolaires. Elle s'est ensuite déplacée dans 13 villes de France dans le cadre du festival Migrant'scène de la CIMADE en novembre. Elle a été à Rennes puis sera à Niort en juin dans le festival Teciverdi. (Sur son site web, vous trouverez de nombreux documents sur Migrantes, des vidéos... migrantes.co.)
Etant donné l'originalité de ce livre et l'importance de son sujet, nous avons voulu faire un entretien avec elle.


Qu'est-ce qui vous a incité à vous intéresser à la situation des migrantes ? Et particulièrement plus à des femmes qu'à des hommes ou des enfants ?
Je souhaitais écrire un livre. Vivant à l'étranger depuis plus de cinq ans et donc migrante, je trouvais que le thème des femmes migrantes était original et très peu traité. Quand on parle d'immigrants, on pense souvent à tort que les femmes ont rejoint un mari ou suivi un conjoint, cependant la réalité est que beaucoup d'entre elles partent seules, avec souvent un projet de vie. Je voulais démonter par ce livre que la migration féminine est un phénomène riche et digne d'intérêt.

 Pourquoi est-ce que c'est une question de société qui concerne tout le monde ?
Tout le monde peut être amené à quitter son pays un jour. Que l'on soit d'un pays dit « pauvre » ou dit « riche », les raisons du départ sont pléthores : le travail (les expatriés font notamment partie de ce groupe), l'amour, le regroupement familial, les études, l'instabilité d'un pays… Parfois c'est aussi une simple envie de partir voir ailleurs, or quand quelques-uns peuvent brandir un simple passeport pour entrer et s'installer dans un nouveau pays, d'autres ont du mal à sortir de leur propre pays... 

En sus du livre, vous proposez une exposition itinérante, pourquoi ?  Dans combien de villes avez-vous exposé ? Comment avez-vous ressenti l'accueil de la part du public ? Est-ce que c'était des gens déjà engagés par le sujet, ou bien des individus soucieux de cette problématique, ou encore des gens curieux d'en savoir plus ?
Avec le livre, j'ai souhaité proposer une exposition afin de toucher un vaste public sur le sujet de la migration féminine. L'exposition a tourné en novembre dernier pendant le festival Migrant'scène organisé par la CIMADE dans treize villes françaises, dont une en Guyane. En dehors de ce cadre, j'ai eu l'occasion d'exposer à Nantes, ainsi qu'à Rennes. Le public a été ému par les portraits des migrantes, qu'il ait été déjà sensibilisé par le sujet ou pas du tout . Avec ou sans expérience migratoire, chaque personne a trouvé une résonance à la lecture d'un portrait au moins car derrière le terme de migrants ou immigrants, il y a d'abord un être humain. Plus généralement, Migrantes est largement bien reçu car j'ai évité le côté misérabiliste que peuvent avoir d'autres travaux sur la migration. Toutes les migrantes que j'ai rencontrées m'ont apporté une leçon d'humilité et de courage. Si certaines avaient vécu des moments difficiles, elles manifestaient d'une envie farouche de continuer à avancer dans leur vie. 

Vous proposez des ateliers dont le jeu « Chemins de migrantes » pour un large public avec votre exposition  : pourquoi est-ce que c'est important d'aborder la question de l'immigration 
Je souhaite que l'on parle de la migration à tous les âges. Le faire à travers des ateliers est une façon ludique d'amener à discuter d'un sujet délicat. En ces temps de crise, l'immigrant est perçu comme une menace. On répète ce que l'on entend aux infos sans chercher au-delà les raisons de migrer et ce que cela rapporte à chaque pays récepteur. Mon objectif ultime est de démontrer qu'il ne sert à rien d'avoir peur d'une personne que l'on ne connaît pas. Ensemble, nous sommes pouvons faire des choses ensemble, séparés nous n'avançons pas. Nous sommes interdépendants les uns des autres car nous vivons sur la même planète. Comme l'a dit si bien Herbert George Wells : « Notre vraie nationalité est l'humanité »…   

Ça fait environ un an que votre livre est sorti : pouvez-vous parler de votre activité autour du livre ?
L'exposition avec les animations a été mise en place en avril 2014, le livre est sorti en août 2014. Depuis lors, je travaille sur la promotion du livre, de l'exposition et des animations. J'ai quelques dates d'exposition qui se profilent. J'ai été reçu au ministère des Droits des femmes qui travaille également sur le thème des femmes migrantes. Nous étudions comment travailler ensemble. Même chose au niveau local : ville de Nantes, de Niort… C'est un travail de fourmi qui est en route.